Habbat Alep



  • Pierre-Jean Rigal & Gustave Akakpo, Habbat Alep - 2015

Lorsque nous avons accueilli Gustave Akakpo pour la première fois en résidence d’écriture, nous lui avons donné « carte blanche ». Je venais de monter « Arrêt sur image » en associant l’EDM (Electro Danse Music) au théâtre. Gustave a alors émis le souhait que nous puissions monter un de ses textes qu’il avait pour habitude de lire publiquement en associant Pidj, le musicien de la compagnie.

Gustave a la particularité d’être comédien et de particulièrement bien interpréter ses propres textes.

Nous avons donc construit une dramaturgie sonore pour porter et accompagner au mieux ce texte écrit à la frontière entre le théâtre et le récit.

A l’occasion d’une tournée des Instituts Français d’Afrique, nous avons eu l’opportunité de présenter ce spectacle sur scène quand il avait était conçu pour les bibliothèques : c’est ainsi que nous avons souhaité faire de ce spectacle une forme scénique singulière et assumée, un spectacle qui s’écoute…

Cédric Brossard


L’histoire :

Lui, c’est « le Cousin ». Sa mère est togolaise, d’Afrique noire. Son père est arabe.

Il arrive aujourd’hui dans le pays de son père dans le but officiel de repérer une cité antique pour y implanter un parc d’attraction. Le but réel de son voyage ? Lui-même l’ignore. Cherche-t-il à combler un vide dans son histoire ? A rencontrer sa famille ? Ou lui-même ?

Sa famille, justement : « la Cousine » l’attend à l’aéroport. Elle est curieuse de le rencontrer, de rencontrer ce lointain cousin, fils de l’absent comme on nomme son oncle. Elle s’occupe de toute sa famille : de sa sœur, de son frère, de sa mère malade et de son père. Au moment où commence cette histoire, elle est enceinte de son premier homme. Seulement, ce premier homme, il est parti.

« Le Père » de la cousine, il attend également le cousin avec impatience ! En d’autres temps, il ne se serait pas donné la peine de le recevoir, lui le fils de celui qui est parti… mais là, c’est sans doute la solution à ses problèmes : la grossesse de sa fille.

En attendant que son subterfuge aboutisse et que sa fille fasse « venir son cousin en elle », il reste enfermé chez lui avec sa femme, prêt à revendiquer l’enfant de sa fille comme le sien.

Ils sont trois à nous conter cette histoire, une histoire faite de doutes et de chemins qui nous porteront jusqu’à la petite ville au cœur du désert et d’une société au bord de l’implosion…

 


Pierre-Jean Rigal & Gustave Akakpo, Habbat Alep - 2015

Extrait :

– Mon métier, c’est écrit.

– Tu écris ?

– Oui.

– Donc tu es un journaliste.

– Non, écrivain.

– Et en tant qu’écrivain qu’est-ce que tu fais ?

– J’écris.

– Ah, tu es donc journaliste. Métier… journaliste. Tu as déjà fait de la prison ?

– Pardon ?

– Dans certains pays, journaliste, c’est un bon métier pour qui veut passer du temps en prison. Tu as déjà fait de la prison ?

– Je ne suis pas journaliste.

– Nous n’allons pas revenir dessus. Je ne fais pas du sur-place. J’ai du travail. Si tu es là pour me dilapider le temps, tu te prends une autre

queue. Alors as-tu déjà fait de la prison ?

– Non.

– Ça va venir, inch Allah ! Ici tu écris sur quoi ?

– Je fais des recherches sur une langue morte ou qui se meurt.

– En général les journalistes s’occupent des gens qui meurent, pas des langues.

– Je ne suis pas…

– Et tu vas creuser, faire des fouilles ?