Habbat Alep



  • Pierre-Jean Rigal & Gustave Akakpo, Habbat Alep - 2015

« Habbat Alep » est une lecture théâtralisée, mise en musique et construite telle une pièce radiophonique. L’auteur de la pièce interprète lui même son texte.

Le musicien accompagne cette lecture tantôt musicalement, tantôt grâce au sound design qui nous plonge au cœur des situations…

Il s’agit d’un voyage qui s’écoute, les yeux fermés si on le souhaite !
Prévue pour être représentée dans des bibliothèques, cette lecteur peut au final avoir lieu partout, bien qu’un endroit intimiste et la sérénité posée par les rayonnages des livres reste idéal.

De sa voix douce et chaude, le comédien nous emporte au cœur d’Alep, en Syrie, rencontrer un homme à la quête de son identité : il va y rencontrer sa famille, et bien d’autres personnes…


L’histoire :

Abou, le père, pour blanchir l’honneur de sa famille décide de marier sa fille à son jeune cousin.

La fille, en fait une femme, presque la quarantaine, a encaissé sa vie de jeune femme au service d’un père et d’une mère malades et retroussé ses rêves pour aider sa sœur et son frère cadets à tracer leur vie hors du toit familial.

Elle avait rêvé, elle-même, d’une vie de famille, mais les années ont couru et laissé leur haleine sur elle, et dans son pays les hommes préfèrent les filles qui ont encore leur jeunesse à croquer à bout de dents.

Le jeune cousin, dont c’est la toute première venue au pays de son père, c’est le fils de l’absent. L’absent, c’est le frère d’Abou, le père. Ce frère qui a dû quitter famille et pays et qui a creusé des années de silence entre lui et les siens.

En conditions normales de sa fierté et de sa quotidienne vie, Abou n’aurait pas accueilli son neveu, mais il n’a pas le choix ; ce cousin est la solution cuite à point, au grave péril qui met en joue l’honneur de la famille : la fille, suite à une aventure crue de chair, sans lendemain, sans visage vers lequel pointer du doigt, s’est prise une grossesse dans une société où il n’est pas honorable qu’une femme non mariée prenne une semence d’homme dans le ventre.

« Le bouton d’orient (Habbat Alep), c’est un des noms donnés à la leishmaniose cutanée. C’est cette chose encore en incubation mais qui risque bientôt d’exploser à la surface.

C’est cette impression qui m’a suivi durant mon séjour en Syrie. »

Gustave Akakpo


Pierre-Jean Rigal & Gustave Akakpo, Habbat Alep - 2015

Extrait :

– Mon métier, c’est écrit.

– Tu écris ?

– Oui.

– Donc tu es un journaliste.

– Non, écrivain.

– Et en tant qu’écrivain qu’est-ce que tu fais ?

– J’écris.

– Ah, tu es donc journaliste. Métier… journaliste. Tu as déjà fait de la prison ?

– Pardon ?

– Dans certains pays, journaliste, c’est un bon métier pour qui veut passer du temps en prison. Tu as déjà fait de la prison ?

– Je ne suis pas journaliste.

– Nous n’allons pas revenir dessus. Je ne fais pas du sur-place. J’ai du travail. Si tu es là pour me dilapider le temps, tu te prends une autre

queue. Alors as-tu déjà fait de la prison ?

– Non.

– Ça va venir, inch Allah ! Ici tu écris sur quoi ?

– Je fais des recherches sur une langue morte ou qui se meurt.

– En général les journalistes s’occupent des gens qui meurent, pas des langues.

– Je ne suis pas…

– Et tu vas creuser, faire des fouilles ?