Bolando, roi des Gitans



  • Gare de Lomé

Le propos

« Il était une fois, dans le Vieux sud-ouest, un chemin de fer qui reliait deux pays. Clinquant à ses débuts, le temps, la mauvaise gestion, la corruption, les plans d’ajustement structurel, l’ont laminé, ses vieux wagons, fatigués-délabrés, ses rails, ses terrains, envahis-désaffectés, ses pièces, rouillées, ses gares, surannées, son empire, écroulé. Il faisait vivre du monde, il n’est plus que ruine. Certains chefs d’Etats des pays du Vieux sud-ouest ont bien essayé de le ressusciter, mais l’argent ou le plomb eurent tôt fait raison d’eux. Pourtant dans ces états-là, il y avait des régions enclavées, inaccessibles, et les routes, elles-mêmes étaient sujettes aux coupeurs. Tout comme pour tout ce qu’il importe, il faudrait pourtant au Vieux sud-ouest des voies plus sûres aux transports des gens, mais surtout des minerais, des fruits, du coton, café, cacao, céréales, ciment, bois, bétail, animaux, pétrole, humanitaires dont il regorge. Dans le Vieux sud-ouest, le flux de circulation des biens et des gens est important au quotidien et la route fait vivre mais elle tue aussi pas mal. Le chemin de fer pourrait résoudre bien de maux mais il est à l’agonie. À son chevet, un sauveur se présente. Il s’appelle Bolando, Roi des gitans, il pèse plus lourd que le PIB annuel des états du Vieux sud-ouest. Sa méthode, « Plutôt du commando que de l’armée régulière » admet-il, « On ne passe pas beaucoup de temps à discuter. On agit. “We try, we fail, we fix”, disent les Américains. On essaie, on rate, on répare. On aime ça, comme les bancs de poissons qui bougent et se déforment au fur et à mesure. » » – Gustave Akakpo

Désireux de confier l’écriture du texte de notre nouvelle création à Gustave Akakpo, nous ne lui avons imposé aucune contrainte de thème. Nous lui avons seulement demandé d’écrire pour une équipe artistique, forts de la conviction que nous partageons de nombreux points de vue, tant sur les formes théâtrales que nous défendons que sur une approche de certains faits de société.

Le projet pharaonique de « boucle ferroviaire » reliant Abidjan à Cotonou et Lomé en passant par Ouagadougou et Niamey qui a été « confié » à l’industriel français Vincent Bolloré, s’est imposé à nous : à travers ce chantier ambitieux, il est possible pour nous d’aborder de nombreux thèmes chers à l’équipe de création.

En effet, l’idée de relier Abidjan à Niamey date du début du XXème siècle, à l’époque coloniale. En 1985, Thomas Sankara, Président du Conseil national révolutionnaire du Burkina Faso de 1983 à 1987, reprend cette « bataille du rail » et réussi à relier Ouagadougou et Kaya (principalement pour la mine de manganèse de Tambao). Aujourd’hui, c’est le groupe Bolloré, déjà très présent dans le domaine des transports sur le continent africain, qui devrait se charger de la réhabilitation de 1 500 km de voie ferré et la création de 1 500 autres…

C’est donc sur fond d’un projet coûtant 2,5 milliards d’euros, 30 fois la tour Eiffel en tonnage de rails, le volume de la pyramide de Khéops en ballaste que notre aventure va se construire !